Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/395

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qui ferai cela pour mon propre bonheur, je jouirai en outre de leur reconnaissance, je verrai comment, chaque jour, j’approche de plus en plus du but proposé. Le merveilleux avenir ! Comment pouvais-je ne pas voir cela ? »

« Et, en outre, » pensait-il en même temps, « qui peut m’empêcher d’être encore heureux par l’amour d’une femme, par le bonheur de famille ? » Et sa jeune imagination lui dessinait un avenir encore plus attrayant. « Moi et ma femme, que j’aimerai comme personne n’aima jamais au monde, nous vivrons toujours au milieu de cette nature tranquille, poétique, à la campagne, avec nos enfants, peut-être avec la vieille tante. Nous nous aimerons, nous aimerons les enfants, et nous saurons tous deux que notre destinée est de faire le bien. Nous nous aiderons l’un l’autre à marcher vers ce but. Je donnerai des ordres généraux, des subventions indispensables, équitables, j’installerai une ferme, une caisse d’épargne, des ateliers et elle avec son beau visage, dans une robe blanche simple, qu’elle relève au-dessus de ses pieds petits, élégants, dans la boue, se dirige vers l’école des paysans, vers l’hôpital, chez le pauvre moujik, qui selon la justice ne mérite pas l’aide, et partout elle console, elle soulage… Les enfants, les vieillards, les femmes, l’adorent et la regardent comme un ange, comme une providence. Ensuite elle revient et me