Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/48

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au monastère ? — ajoutai-je en m’installant dans le creux de la drojki, près du cocher.

— En quoi cela me regarde-t-il ? Où le voyageur voudra, nous l’emmènerons.

— Non, mais cependant, que penses-tu ? continuai-je.

— Sans doute, pour enterrer quelqu’un, vous alliez acheter la place.

— Non, mon ami, sais-tu pourquoi j’y suis allé ?

— Je ne puis le savoir, seigneur, — répéta-t-il.

La voix du cocher me semblait si bonne que je résolus de l’édifier en lui racontant l’objet de cette visite et même le sentiment que j’éprouvais.

— Veux-tu que je te raconte ? Voilà, vois-tu…

Et je lui narrai tout et je lui décrivis tous mes beaux sentiments. À ce souvenir, je rougis encore.

— C’est ça ? — fit le cocher avec méfiance.

Et après, il se tut longtemps, se tint immobile, rangeant seulement de temps à autre le pan de son armiak, qui découvrait sans cesse son pied, sorti du sabot trop grand, et posé sur le bois.

Déjà je commençais à m’imaginer qu’il avait de moi la même opinion que le confesseur, c’est-à-dire qu’il n’y avait pas au monde un jeune homme aussi vertueux quand, subitement, il me dit :

— Eh quoi, seigneur, c’est votre affaire de seigneur !