Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/47

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heur me serraient la gorge, je baisai les plis de sa soutane de bure et levai la tête. Le visage du moine était tout à fait calme.

J’éprouvais la jouissance de l’attendrissement et craignant de le dissiper par quelque chose, je fis hâtivement mes adieux au confesseur, et sans regarder de côté pour ne pas me distraire, je sortis du monastère et remontai dans la drojki branlante et boîteuse. Mais les cahots de la voiture, la diversité des objets qui passaient devant mes yeux dissipèrent bientôt ce sentiment et déjà je m’imaginais que sans doute le confesseur pensait n’avoir jamais rencontré une aussi belle âme et qu’il n’en rencontrerait jamais, et que même il n’en existait pas de pareille.

J’étais convaincu de cela et cette conviction me causait une telle joie que j’éprouvai le besoin d’en faire part à quelqu’un.

Je désirais vivement parler, mais comme je n’avais personne sous la main, sauf le cocher, je m’adressai à lui.

— Eh bien ! Suis-je resté longtemps ? — demandai-je.

— Comme ça, longtemps. Le cheval devrait être pansé depuis longtemps ! Je suis un cocher de nuit. — répondit le vieux cocher qui, maintenant, avec le soleil, était visiblement plus gai qu’avant.

— Et moi, il me semble que je ne suis resté qu’une minute, dis-je. — Sais-tu pourquoi j’ai été