Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/54

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m’arrêter, d’être indifférent à ce silence, de ne pas scruter cette obscurité de la porte ouverte dans la chambre sombre, de ne pas demeurer immobile longtemps, longtemps, ou de ne pas aller en bas, traverser toutes les chambres vides. Souvent aussi, le soir, assis au salon, dans l’ombre, sans qu’elle me voie, j’écoute longtemps Gacha qui, seule, dans la grande salle, avec une bougie ou une chandelle, avec deux doigts, joue sur le piano « Le Rossignol ». Et au clair de lune il m’est déjà absolument impossible de ne pas me lever du lit, de ne pas me poster devant la fenêtre ouvrant sur le jardin, et de ne pas contempler longtemps le toit éclairé de la maison Schapochnikov et l’élégant clocher de notre paroisse, et l’ombre, des murailles et des passants s’allongeant sur l’allée du jardin. Je ne pouvais m’empêcher de rester si longtemps dans cet état, que le lendemain je m’éveillais à peine à dix heures du matin.

Ainsi, sans les professeurs qui continuaient à venir chez moi, et Saint-Jérôme qui, rarement et involontairement, piquait mon amour-propre, et surtout, sans le désir de paraître un brave garçon, aux yeux de Nekhludov, c’est-à-dire de passer brillamment l’examen, ce qui, pour lui, était une chose très importante, — sans tout cela, — le printemps et la liberté m’eussent fait oublier même ce que je savais d’avance, et je n’aurais pu passer l’examen.