Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/59

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— À vous, — dit Saint-Jérôme.

— Mon nom est Irténiev — dis-je au lycéen rouge — a-t-on appelé Irténiev ?

— Mais oui, pourquoi n’allez-vous pas ?… En voilà un freluquet ! » ajouta-t-il plus bas, mais assez haut pour que je l’entendisse en sortant du banc. Devant moi marchait Ikonine, un grand jeune homme de vingt-cinq ans, qui appartenait à la troisième catégorie, celle des vieux. Il portait un frac olive, une cravate de satin bleu, sur laquelle tombaient, derrière, de longs cheveux peignés soigneusement à la moujik. Je l’avais déjà remarqué sur les bancs. Il n’était pas mal et assez causeur ; chez lui m’avaient surtout frappé les étranges poils roux qu’il se laissait pousser sous la gorge, et encore plus, l’habitude bizarre qu’il avait de boutonner sans cesse son gilet, et de se gratter la poitrine, sous la chemise.

Trois professeurs étaient assis à la table de laquelle je m’approchais avec Ikonine. Pas un seul ne répondit à notre salut. Un jeune professeur battait comme un jeu de cartes, les billets où les questions étaient écrites, l’autre professeur, avec une étoile sur son habit, regardait un lycéen qui récitait très vite quelque chose sur Charlemagne en ajoutant à chaque mot « enfin » ; et le troisième, un vieux en lunettes, baissait la tête, nous regardait derrière ses lunettes et nous montrait les billets. Je sentis que son regard pesait également sur moi et