Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/60

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sur Ikonine et qu’en nous quelque chose lui déplaisait (peut-être les cheveux roux d’Ikonine), car, nous regardant de nouveau tous deux ensemble, il fit de la tête un mouvement d’impatience pour que nous prissions plus vite les billets. J’avais quelque dépit et j’étais blessé ; premièrement, parce que personne n’avait répondu à notre salut, et, deuxièmement parce qu’on m’englobait avec Ikonine dans la catégorie des aspirants, et que déjà on était prévenu contre moi à cause des cheveux roux d’Ikonine. Je pris le billet sans crainte et m’apprêtai à répondre, mais le professeur montra des yeux Ikonine. Je lus mon billet, je savais très bien la question, et en attendant tranquillement mon tour, j’observai ce qui se passait devant moi. Ikonine n’avait nullement peur, et même trop hardiment, s’avança de tout son corps pour prendre le billet, secoua ses cheveux et lut très distinctement ce qui était écrit sur le papier. Déjà il ouvrait la bouche, à ce qu’il semblait pour répondre, quand, subitement, le professeur décoré, ayant congédié avec des félicitations le lycéen, le regarda. Ikonine, comme se souvenant de quelque chose, s’arrêta. Il y eut un silence général qui dura environ deux minutes.

— Eh bien ! — fit le professeur aux lunettes.

Ikonine ouvrit la bouche et de nouveau se tut.

— Vous n’êtes pas seul, voulez-vous répondre, oui ou non ? — dit le jeune professeur.