Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/66

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dans ce doux état d’esprit qu’il avait toujours quand il était content de lui-même, et que j’aimais surtout en lui. Comme il était fort en mathématiques, et parlait clairement, il m’expliqua si bien la question que je me la rappelle encore à présent. Mais à peine avait-il fini que Saint-Jérôme, d’une voix assez haute, prononça : « À vous, Nicolas ! » — et, derrière Ikonine, je sortis du banc sans avoir pu repasser l’autre question. Je m’approchai de la table à laquelle étaient assis deux professeurs ; un lycéen se tenait debout devant le tableau noir. Avec assurance il écrivait une formule quelconque en écrasant bruyamment la craie sur le tableau, et il écrivait toujours, bien que le professeur lui eût déjà dit « assez » et nous eût prié de prendre des billets. « Et si j’allais prendre la théorie des combinaisons ! » pensai-je en prenant d’une main tremblante, un billet dans le tas mou des papiers préparés. Ikonine, avec le même geste hardi de l’épreuve précédente, en se balançant de tout le corps, sans choisir, prit le billet de dessus, il le regarda et, fronçant méchamment les sourcils :

— Toujours ce diable ! — murmura-t-il.

Je regardai le mien… Horreur ! c’était la théorie des combinaisons !…

— Et vous, quel billet ? — demanda Ikonine.

Je le lui montrai.

— Je sais cela, — dit-il.