Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/95

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


grande salle pour fumer la cigarette que me donna Doubkov.

En quittant ma place, je remarquai que la tête me tournait un peu, que mes jambes ne marchaient et que mes mains n’étaient dans leur position naturelle qu’en y prenant bien garde. Dans le cas contraire, mes jambes allaient de travers, mes mains faisaient des gestes quelconques. Je concentrai toute mon attention sur mes membres, j’ordonnai à mes mains de se lever et de boutonner la tunique, d’arranger mes cheveux (à ce moment elles se tenaient très haut, et gesticulaient beaucoup trop), et aux jambes je donnai l’ordre d’aller vers la porte, et elles l’exécutèrent, mais marchaient trop fort ou trop mollement, surtout la jambe gauche qui à chaque pas se mettait sur la pointe. Une voix quelconque me cria : « Où vas-tu ? On apportera la bougie. » Je devinai que cette voix appartenait à Volodia, et j’eus plaisir à l’idée d’avoir deviné quand même, mais en guise de réponse, j’esquissai un sourire et marchai plus loin.