Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/94

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— C’est parfait — dit-il — vis à ta guise, mais ne danse sous aucune flûte, c’est le mieux.

Non seulement cette petite discussion ne gâta pas mon plaisir, mais elle l’accrut. Dmitri tout à coup reprenait sa disposition d’esprit douce, que je préférais. Comme je l’ai maintes fois remarqué par la suite, la conscience d’un acte bon exerçait cette influence sur lui. Maintenant il était content de lui, parce qu’il m’avait défendu. Il devint très gai, demanda encore une bouteille de champagne, ce qui était contraire à ses principes, invita dans notre cabinet un monsieur inconnu et le fit boire, chanta le Gaudeamus igitur, demanda que tous fissent le chœur et proposa une promenade en voiture à Sokolniky, à quoi Doubkov objecta que c’était trop sentimental.

— Aujourd’hui, amusons-nous en l’honneur de son entrée à l’Université. Je m’enivrerai pour la première fois, soit — dit Dmitri en souriant.

Cette gaieté allait étrangement à Dmitri, il avait l’air d’un gouverneur ou d’un bon papa, content de ses enfants, qui s’est excité et veut les amuser, et en même temps leur prouver qu’on peut s’amuser honnêtement et convenablement, mais malgré cela, cette gaieté inattendue fut comme il me sembla contagieuse pour moi et pour les autres, d’autant plus que nous avions bu chacun presque une demi-bouteille de champagne.

Dans ces agréables dispositions, je sortis dans la