Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol21.djvu/119

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c’est la purification par l’esprit, phénomène intérieur et non physique.

Pénétré de la pensée de cet esprit, Jésus-Christ va dans le désert. Ce qu’il pense alors de son rapport envers Dieu est exprimé dans ce qui précède. Il considère Dieu comme son père, il est fils de Dieu, et pour que son Père soit dans le monde et en lui-même, il lui faut trouver cet esprit qui doit purifier le monde, et, avec cet esprit, se purifier soi-même. Pour reconnaître cet esprit, il subit la tentation, il s’éloigne des hommes et va dans le désert. Là il souffre de la faim. Conscient de sa filiation divine et de son état spirituel, cependant il désire manger et souffre de la faim.

Et la voix de la chair lui dit : Si tu es le fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent du pain. Si l’on interprète ces paroles comme le fait l’Église, à savoir que le diable, en tentant le fils de Dieu, désire de lui la preuve de sa divinité, alors on ne comprend pas pourquoi Jésus n’a pas transformé les pierres en pain, s’il pouvait le faire. Ce serait la réponse la meilleure, la plus simple, la plus courte, pour atteindre le but. Si les paroles : « Si tu es le fils de Dieu, etc. » sont la provocation au miracle, alors il est nécessaire que Jésus dise : « Je ne veux pas faire de miracle », ou autre chose répondant à la question. Mais Jésus-Christ ne dit point s’il veut ou non faire ce que Satan lui propose. Il répond tout autre chose, sans même le mentionner. Il dit :