Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol21.djvu/397

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Est-il possible qu’il reconnaisse l’État et ne parle pas des rapports entre les peuples, soit qu’il admette que ceux qui existent, et les guerres, sont très bons, soit parce que les guerres, qui font souffrir des millions d’êtres et transforment d’autres millions en causes de souffrances, n’ont rien à faire avec sa doctrine ?

Au commencement Jésus dit que non seulement il ne faut pas tuer, mais que même on ne peut se mettre en colère contre un homme. Alors comment peut-il ne pas mentionner ce phénomène éternel de la guerre, pendant lequel non seulement les hommes sont en colère les uns contre les autres mais s’entretuent ? Sommes-nous seuls si intelligents que nous voyions le mal de la guerre et que Jésus ne l’ait point vu ? D’où provient et comment se justifie cette incompréhension des paroles les plus simples, voilà ce qui est étonnant.

Cette incompréhension provient de ce que la doctrine du Christ n’est pas reconnue comme la doctrine de ce que doit être la vie des hommes, mais comme un certain supplément, un ornement de la vie qui existe et qui est regardée comme vraie. La doctrine de Jésus ne concorde pas avec la vie, alors il la faut interpréter autrement. Jésus interdit toute hostilité contre un étranger ; il interdit de se défendre et ordonne de se soumettre à tout ennemi ; tandis que chez nous, il y a l’État, le Droit, etc. Sa doctrine ne concorde pas, il faut donc