Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol21.djvu/413

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troisième prière, qui n’est que l’explication, ou, si l’on veut, la traduction subjective de la seconde, sans qu’il manquât rien d’essentiel à la formule entière. D’un autre côté, pour faire voir que la rédaction plus complète ne renferme pas de redites, on peut faire remarquer que la seconde prière, en mentionnant le règne, relève plus particulièrement l’idée de la solidarité entre les hommes, de la communauté du but et du travail qui les doit unir ; tandis que la troisième insiste plus explicitement sur l’activité même de l’homme qui n’avait été que sous-entendue dans les deux précédentes.

Car la volonté, dont il est question ici, est bien celle qui s’adresse à l’être libre, et non celle qui régit la nature. Mais toutes les trois prières concernent les faits qui réclament la coopération des hommes : c’est une preuve de plus que la prière est essentiellement faite pour l’homme et non pour Dieu.

Quant à la quatrième prière, nous ne nous arrêterons pas à réfuter ceux qui l’interprètent allégoriquement, de manière à voir dans le pain quotidien autre chose que la nourriture et en général la satisfaction des besoins de la nature physique et de la condition terrestre : nous n’avons rien à objecter si l’on veut appeler la méditation de la parole de Dieu le pain quotidien du chrétien ; nous affirmons seulement que Jésus n’a pas voulu parler de cela ici. L’allégorie, le sens caché, sont choses étrangères à l’Oraison dominicale ; et loin de dire que le Seigneur aurait dérogé à la dignité de l’ensemble en descendant jusque dans la région matérielle, nous trouvons plutôt admirable qu’il ait su rattacher la matière même, c’est-à-dire les nécessités physiques de notre existence, à un ordre d’idées plus élevé, nous montrer ainsi le devoir et les moyens de les sanctifier. Il y a une commune consolation pour le mortel à se pénétrer de la conviction que Dieu ne l’abandonne pas à lui seul, même dans les affaires les plus ordinaires, et la recherche de l’assistance céleste