Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol22.djvu/102

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pour qu’il n’y ait pas de guerre, que nous tous soyons tués par les ennemis.

Jésus objecte : Vous dites que ma doctrine est le mal et, en même temps, vous dites que je détruis le mal. Cela ne peut pas être. On ne peut pas, avec le mal, détruire le mal. Si je détruis le mal ma doctrine ne peut pas être le mal, parce que le mal ne peut pas lutter contre lui-même. Si le mal luttait contre lui-même, il n’existerait pas. Vous-mêmes, d’après votre loi, vous chassez le mal. Avec quoi le chassez-vous ? Par la loi de Moïse, et cette loi vient de Dieu. Moi, je chasse le mal par l’esprit de Dieu, par celui même qui toujours fut en vous. Ce n’est que par cette raison que je puis chasser le mal. Et le fait que le mal est chassé est pour vous la preuve que ma doctrine est la vraie, que l’esprit de Dieu existe en l’homme, et qu’il est plus fort que la lubricité de la chair. S’il n’était pas on ne pourrait pas vaincre. Pour piller la maison d’un homme fort il faut auparavant lier cet homme fort. Eh bien ! les hommes sont liés par l’esprit de Dieu. Celui qui n’est pas avec moi est contre moi. Celui qui ne récolte pas dans le champ ne fait que perdre le grain, car celui qui n’est pas avec moi n’est pas avec l’esprit de Dieu. Celui-ci est l’ennemi de l’esprit de Dieu.

C’est pourquoi je vous dis que chaque erreur des hommes et chaque interprétation fausse ne sera point punie, mais l’interprétation fausse de l’esprit