Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol22.djvu/104

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puis trente-huit ans et qu’il attend toujours afin d’arriver le premier à la piscine dès que l’eau se trouble. Mais il n’a pu encore y parvenir ; tous y sont rendus avant qu’il ait eu le temps de bouger. Jésus le regarde et lui dit : C’est en vain que tu attends ici le miracle de l’ange ; il n’y a point de miracles, le seul miracle c’est que Dieu a donné la vie aux hommes et qu’il faut vivre de toutes ses forces. N’attends rien près de la piscine ; ramasse ton lit et vis selon Dieu, tant que Dieu t’en donnera la force. Alors Jésus lui dit : Eh bien ! tu as la force ; ne crois plus à toutes ces tromperies, ne commets plus de fautes et vis selon les forces que Dieu t’a données.

Le malade l’écouta, se leva et s’en alla. Et l’homme s’en fut raconter à tous ce qui lui était arrivé. Alors tous ceux qui avaient organisé la duperie de la piscine et y gagnaient beaucoup d’argent, en furent courroucés, et ils ne savaient comment se venger, ni comment faire accuser le malade et Jésus. Ils prirent comme prétexte que c’était le jour du sabbat, et que, selon leur loi, on ne peut pas travailler ce jour-là.

D’abord ils interrogèrent le malade et lui dirent : Comment as-tu osé relever ton lit le jour du sabbat ? Le jour du sabbat on ne doit pas travailler.

Le malade leur répondit : Celui qui m’a fait lever m’a ordonné de ramasser mon lit.

Ils demandèrent : Qui t’a fait lever ?

Il répondit : Je ne sais pas ; un homme est venu et s’en est allé.

Les Pharisiens, étant parvenus à retrouver Jésus,