Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol22.djvu/148

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apprend cela et lui enjoint de rendre ses comptes. L’économe sait qu’il perdra sa place, parce qu’il ne pourra pas se justifier ; il va se trouver sans moyens d’existence, il ne se sent pas disposé à gagner sa vie par le travail manuel.

Il imagine donc de se créer des ressources en faisant des arrangements avec les débiteurs (fermiers ?) de son maître. Comme toutes les affaires ont été entre ses mains, cette intrigue peut réussir ; le maître ne pourra pas faire intervenir les tribunaux, les billets (contrats, obligations) qui lui seront remis, seront les seuls qui existent, les seuls qui puissent obliger les débiteurs, lesquels déchargés (frauduleusement, il est vrai, au point de vue du créancier ; mais de gré à gré et valablement, en tant que l’économe avait procuration) d’une bonne partie de leur dette (fermage ?) devaient se trouver disposés à accorder des avantages à l’homme qui leur avait fait cette gracieuseté. Toute l’histoire revient donc à dire que l’homme de la parabole s’assure ce qu’on appelle aujourd’hui des pots de vin ; seulement ces pots de vin, d’après le but de la parabole, devaient se payer en nature par d’autres services à rendre. Le maître pouvait en être fâché comme propriétaire ; mais ici, où il s’agit de l’appréciation d’un acte, considéré au point de vue de celui qui en est l’auteur, et non d’une réalité historique, le maître ne peut s’empêcher de reconnaître que c’était un moyen ingénieux de parer aux éventualités. Si cet individu, dit-il, n’a pas soigné mes intérêts à moi, il a du moins pourvu aux siens propres. Et la manière dont il a été trompé lui arrache, malgré lui, sans doute, un aveu que le narrateur peut très convenablement appeler un éloge.

2o L’application (v. 8, 9). Ici il faut avant tout bien se pénétrer de deux choses : du sens du mot prudence et de la portée du comparatif et de la comparaison contenus dans le v. 8. La prudence n’est pas une qualité morale (Matth., x, 16 sect. 40), c’est l’aptitude de l’esprit à