Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol22.djvu/182

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que la portée du premier s’entendait bien au delà de ce qu’on appelle vulgairement l’aisance et la richesse. Si le salut, la certitude de la vie éternelle, l’entrée du royaume de Dieu, était le fait des hommes seuls, de leurs efforts constants et infatigables, de leurs forces et de leur volonté, aucun n’y arriverait. Il leur faut à tous l’appoint de forces divines, l’assistance du Saint-Esprit, l’appui de la grâce.

Pour Dieu et par Dieu, tout est possible. Ce passage est l’un de ceux qui prouvent de la manière la plus directe que la théologie évangélique telle qu’elle a été développée par Paul, a ses racines dans l’enseignement de Jésus lui-même.

Plus haut (Luc, xvii, 10) nous lisions que l’homme n’a point de récompense à réclamer lors même qu’il aurait fait tout son devoir ; ici nous apprenons qu’il ne peut pas même le faire sans que Dieu lui vienne en aide. Ces deux textes se complètent l’un l’autre.

Il faut interpréter tout de telle façon qu’on puisse être riche et en même temps chrétien, bien que sachant qu’il y a des pauvres qui meurent de faim. C’est ainsi que ceux qui déforment la doctrine se permettent de l’interpréter. On est tenté de se demander comment l’on peut se résoudre à interpréter ce qui a été dit tant de fois et si clairement.

L’Évangile commence par la prédication de Jean qui, mendiant, court dans le désert et exhorte ceux qui ont deux habits à en donner un à celui qui n’en a pas, et à faire de même pour la nourriture ; en même temps il reproche aux riches leurs richesses et leur cruauté. D’après les interprétations ecclé-