Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol22.djvu/198

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


mandé de donner tout, personne ne le fait et ne peut le faire, donc, ce n’est pas vrai ; et il est tout de même mieux de donner quelque chose de son superflu, du moins les pauvres seront rassasiés et auront un abri.

Ce raisonnement est basé sur l’incompréhension de la doctrine. Nulle part Jésus n’ordonne de donner aux pauvres pour que les pauvres soient rassasiés et contents. Il dit que l’homme, afin d’être heureux, doit donner aux pauvres tout ce qu’il possède. Il n’ordonne pas, il ne dit pas ce que chacun doit donner, mais il annonce aux hommes le vrai bonheur, et il dit que celui qui a compris le vrai bien et cherche la vraie vie, donnera absolument toute sa fortune et trouvera dans cela tout le bonheur. On ne peut servir Dieu et Mammon. Ce n’est pas une règle, mais ce doit être la réalité ; il ne s’agit pas que cela convienne ou non, mais on ne peut point agir autrement. Celui qui ne renonce pas à ses biens et n’abandonne pas sa famille pour me suivre, celui-ci ne peut pas être mon disciple ; c’est-à-dire : celui-ci ne m’a pas compris. Celui qui m’a compris, du fait même qu’il a compris, le fera. L’adolescent qui se flatte d’avoir observé les commandements, même le commandement d’aimer le prochain comme soi-même, est dénoncé par ce fait même ; il n’a pas encore la possibilité de remplir les commandements s’il ne s’est débarrassé de la richesse. La