Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol22.djvu/26

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lui et ses disciples auront à subir. Ainsi devient compréhensible la division qui devait se produire et de laquelle il parle.

On conçoit que si un homme, ayant compris la doctrine, refuse de prêter serment ou d’être juge, ou de comparaître devant le tribunal, ou s’il renonce à prêter aide à ceux qui détiennent le pouvoir, à participer à la guerre, à percevoir les impôts, à exécuter les punitions, et s’il dédaigne la richesse, on conçoit que la division naisse dans sa famille si les autres membres n’ont pas reconnu la doctrine.

Jésus, évidemment, le savait. Il savait qu’il en serait ainsi ; qu’il ne pourrait en être autrement. Il savait que sa doctrine est l’étincelle qui enflamme la conscience de Dieu dans le cœur de l’homme, et qu’une fois allumée, elle ne peut s’éteindre. C’est pourquoi Jésus-Christ savait que dans chaque famille les membres se diviseraient et se porteraient les uns contre les autres ; que les uns s’enflammeraient et que les autres tâcheraient d’éteindre cette flamme. Et Jésus voulait voir au plus vite s’allumer cette flamme qui, une fois allumée, devait brûler alors et toujours, tant qu’existeront les hommes.

S’il ne se fût agi que d’une doctrine morale, de la manière de vivre dans l’état de choses existant, les propagateurs de cette doctrine, évidemment, n’eussent gêné personne ; ce ne serait plus la flamme qui embrase tout, mais une chandelle