Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol22.djvu/313

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Oui, je suis Dieu, et les Juifs et nous tous serions heureux.

Si même Dieu n’était un saint, s’il n’était tout simplement qu’un homme, et si même il était un homme méchant, connaissant tout l’abîme du mal qui devait provenir du doute, il n’aurait pas pu ne point répondre : Oui, je suis le Christ-Messie, ou : Non, je ne le suis pas. Mais il n’a dit ni l’un ni l’autre, et tous les évangélistes ont précisément noté cette cruauté, s’il était Dieu comme le comprend l’Église, cet esquivement, s’il était homme, comme l’admettent les historiens. Il n’a dit ni l’un ni l’autre, mais il a répété encore plus haut et plus fort ce qu’il avait dit auparavant.

Expliquant qui il est, au nom de qui il enseigne, en quel sens il est Christ élu de Dieu, et en quel sens il n’est pas Christ, il dit : Moi et mon Père nous ne sommes qu’un. Il a répondu tout ce qu’il pouvait répondre. Il ne pouvait répondre autrement parce qu’il se reconnaissait Christ, l’élu de Dieu, mais non dans le sens que les Juifs donnaient au mot Christ-Messie. S’il leur eût dit qu’il était le Christ, ils eussent vu en lui le Prophète-Roi et n’auraient pu admettre qu’il était un homme ayant élevé en soi l’entendement de la vie pour l’éveiller ensuite dans les autres. S’il leur avait dit qu’il n’était pas Christ, il les eût privés du vrai bien qu’il prêchait aux hommes, et cela eût été inexact, car il se sentait Christ, l’élu de Dieu. Il leur a dit, aupa-