Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol22.djvu/390

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tion du temple. En revanche, la perspective de la prochaine fin du monde, de la parousie du Christ pour une époque antérieure à l’extinction totale de la présente génération, revient souvent et chez presque tous les auteurs du premier siècle ; l’Évangile selon saint Jean est le seul livre qui ne reproduise pas cette idée. Dans nos évangiles synoptiques mêmes, nous l’avons déjà rencontrée plusieurs fois.

Or, la prédiction, ainsi formulée et comprise, ne s’étant point réalisée, on a cherché différents moyens de sauvegarder l’autorité du texte, malgré cet embarras provenant de la nature des faits positifs. Les orthodoxes ont dit que la venue était invisible lors de la ruine de Jérusalem. Les rationalistes ont dit qu’il parle uniquement de celle-ci et non d’une parousie ultérieure. Les théoriciens du juste milieu ont prétendu que la difficulté n’est qu’apparente, en ce que ce n’est pas l’époque, mais les faits en eux-mêmes, qui ont été l’objet de la prophétie. La lettre du texte renverse toutes ces échappatoires, elle parle d’une parousie visible, postérieure à la ruine de Jérusalem, mais la suivant immédiatement. Reste donc le dilemme que voici : Ou bien Jésus s’est trompé, ou bien nous ne sommes pas bien renseignés sur ce qu’il a dit. Et, dans ce dernier cas, ou bien il n’a pas du tout prononcé des paroles telles que nous les lisons ici, ou bien ce qu’il a pu dire a été imparfaitement compris. Mais en présence de tous les autres témoignages, il sera tout aussi impossible de regarder ceux-ci comme de pures inventions, qu’il serait téméraire de le traiter lui, de visionnaire et d’enthousiaste, alors que tant de paroles incontestablement authentiques constatent son admirable sagacité et sa merveilleuse pénétration, à l’égard des destinées réservées à sa cause. Ce n’est donc que la dernière alternative qui mérite d’être sérieusement prise en considération. Or, il est de fait que l’auditoire auquel Jésus s’adressait était imbu d’idées préconçues sur l’avenir ; ces idées, loin de s’affaiblir sous l’influence des autres éléments de l’ensei-