Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol22.djvu/408

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effacé les traces du genre de travail que nous venons de signaler. Voyez : versets 41, 42, 54, et surtout aussi le passage subit du pluriel au singulier, verset 58. D’après cela nous serons autorisés à étudier le sens propre et prochain de chaque maxime indépendamment du contexte.

1o (V. 35-40). Soyez prêts à tout moment ! Cette idée est exprimée par plusieurs images. Celle de la ceinture serrée nous représente un voyageur qui se met en route, ou l’ouvrier qui met la main à la besogne ; celle de la lampe allumée peint une scène domestique, où les gens de la maison veillent plus ou moins avant dans la nuit, quand le maître est dehors, assistant à un festin, pour qu’au moment de son retour, dont l’heure n’est pas fixée d’avance, la porte lui soit immédiatement ouverte, la cour éclairée, et qu’il puisse être conduit dans la chambre.

Enfin une troisième image, celle du voleur, est destinée à mettre en relief l’idée de l’incertitude absolue du moment précis où chacun sera mis en demeure de faire voir, par le fait, qu’il s’était tenu prêt.

Toutes ces images sont claires et transparentes. Dans celle du voleur, il faut faire abstraction de tout autre élément (notamment de toute considération morale) pour ne s’en tenir qu’au seul point de comparaison, que nous venons d’indiquer. Dans l’allégorie du maître, revenant au milieu de la nuit, il faut mettre de côté tout ce que l’exégèse traditionnelle a dit d’une noce pour s’arrêter à ce seul fait que le retard prolongé du maître est de nature à fatiguer le serviteur et l’entraîne à se livrer au sommeil. Le fait que, dans l’une de ces images, c’est le maître lui-même qui veille pour attendre le voleur, tandis que dans l’autre ce sont les serviteurs qui veillent pour attendre le maître, ce fait prouve surabondamment que la pensée intime qu’il s’agissait d’exprimer, ne s’attache pas aux personnes représentées, mais à l’acte de veiller, qui est le seul élément commun aux diverses images. Mais il y a là