Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol22.djvu/67

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’entendement, mais il n’en veut pas profiter, il pense qu’elle lui est étrangère et inutile, et il se le cache à soi-même, afin de pouvoir travailler pour la chair et non pour l’accomplissement de la volonté du maître. Le méchant serviteur n’a pas compris que ce n’est pas pour le maître mais pour lui-même que la vie de l’entendement lui est donnée. Il se dit : le maître veut me prendre ce qu’il ne m’a pas donné — les joies de la chair ; mais je ne les lui donnerai pas, et je vivrai pour elles ; et la vie de l’entendement restera telle qu’elle est.

Mais le maître est venu et, s’étant aperçu que la vie de l’entendement ne croît point en cet homme, il la lui enlève.

Le grain de l’esprit de Dieu est semé également dans tous les cœurs et chacun peut faire croître en lui ce grain de l’esprit. Dieu a donné l’esprit à chacun. Les uns, ayant reçu cet esprit, l’ont aimé, accru en eux, l’ont doublé, et chacun, selon ses forces, lui a fait produire des fruits. Les autres, ceux qui ont déclaré au possesseur qu’ils ne veulent pas être en son pouvoir, comme le dernier serviteur, se sont dit : Pourquoi donnerais-je ma vie de la chair, les plaisirs charnels, pour l’esprit qui n’est pas à moi ? Il désire, pour cet esprit, que je lui donne ce qu’il ne m’a pas donné : ma vie charnelle. Je ferai mieux de cacher au loin cet embryon de l’esprit qui m’est donné et de vivre de la chair. Mais il perd même ce germe de l’esprit de