Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol22.djvu/91

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parle d’une condition du salut qu’il s’agissait de remplir dès ce moment-là. Les deux phrases : celui qui croit, a la vie éternelle, et : celui qui mange de ce pain (qui est ma chair) vivra éternellement, sont absolument identiques pour le sens, malgré la diversité de la forme : manger la chair de Christ, est la formule figurée et symbolique pour croire en lui, par la raison que croire, c’est s’unir, s’assimiler intimement, entièrement. Entre la simple chair et la chair et le sang, il n’y a pas la moindre différence. La seconde phrase est plus complète ; c’est une locution usuelle pour désigner l’homme, soit d’après sa nature physique seule (i Cor., xv, 50), soit comme personne (Matth., xvi, 17. Gal., i, 16), mais ici elle n’introduit aucun élément nouveau ; toutes les deux équivalent au seul mot pain, au commencement comme à la fin du passage. Du reste l’évangéliste, ne parlant nulle part de la Cène dans son livre, aurait été volontairement inintelligible pour ses lecteurs, pour ne pas dire que Jésus l’aurait été bien davantage si telle avait été son arrière-pensée. Il peut être permis à la théologie de se servir de notre texte pour l’appliquer par analogie au sacrement, et pour jeter, par ce rapprochement, quelque lumière sur une institution au sujet de laquelle les textes scripturaires sont extrêmement peu explicites. Mais l’exégèse ne peut que constater que le nôtre n’est pas écrit dans ce but spécial. (À l’occasion de la Cène il est parlé du corps de Christ et non de la chair.)

Une opinion plus généralement répandue parmi les commentateurs est celle qui voit dans notre 51e verset une allusion à la mort de Christ considérée comme base, cause ou moyen du salut. On trouve la preuve directe de cette interprétation, d’abord dans la mention expresse du sang, ensuite dans la phrase, que je donnerai (au futur). Que le Nouveau Testament, d’un bout à l’autre, considère la mort sanglante de Christ comme la condition du salut des hommes, cela ne saurait être l’objet d’un doute, et s’il en était question ici, il n’y