Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/102

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fois, précisément dans ce passage. Dans les épîtres, ils sont employés plusieurs fois. Dans la première épître aux Corinthiens (xv, 2), ils sont employés juste dans le même sens. Il n’est donc pas possible de les interpréter autrement et il faut admettre que Christ dit : Ne vous mettez pas en colère sans cause. Admettre que Christ puisse dans ce passage prononcer des paroles si obscures, en laissant la possibilité de les comprendre de telle façon qu’il n’en reste rien, pour moi, je l’avoue, c’était renoncer à tout l’Évangile. Un dernier espoir restait : Ces mots se trouvent-ils dans toutes les copies ? Je consulte les variantes. Je cherche dans Grisbach, chez lequel toutes les variantes sont notées, c’est-à-dire où est noté dans quel manuscrit et chez quel saint Père l’expression est employée. Je consulte et j’éprouve la joie de voir qu’à cet endroit il y a, en effet, des variantes et que toutes se rapportent aux mots sans cause. Dans la majorité des textes évangéliques et des citations des Pères les mots sans cause n’existent pas. Ainsi, la majorité comprenait comme moi. Je cherche dans Tischendorf — le texte le plus ancien, — ces mots ne s’y trouvent pas. Je consulte la traduction de Luther, ces mots ne s’y trouvent pas davantage.

Ainsi, ces mots qui détruisent tout le sens de la doctrine de Christ sont une addition introduite au ve siècle et qui n’est pas rentrée dans les meilleures copies de l’évangile.