Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/120

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que nous reconnaissons Dieu, qui dit précisément que notre organisation sociale est mauvaise. Nous le reconnaissons Dieu, mais nous ne voulons pas renoncer à notre organisation. Que devons-nous donc faire ? Ajouter où l’on peut les mots sans cause, pour mettre à néant le commandement contre la colère ; là où c’est possible, interpréter le sens de la loi de telle façon qu’elle signifie tout le contraire ; au lieu de : ne se séparer jamais de sa femme, mettre : le divorce est permis ; et là où il n’est pas possible d’interpréter autrement, comme pour les commandements : Ne jugez point et ne condamnez point ; ne jurez aucunement, avec effronterie tourner la loi tout en affirmant qu’on l’observe. Et, en effet, ce qui empêche surtout de comprendre que l’Évangile interdit tout jurement et d’autant plus le serment, c’est que nos docteurs pseudo-chrétiens font prêter serment, avec une audace inouïe, sur ce même Évangile, c’est-à-dire font le contraire de ce qu’il est dit dans l’Évangile.

Comment un homme à qui l’on fait prêter serment sur l’Évangile pourrait-il penser que la croix est sacrée uniquement parce qu’on a crucifié celui qui défend de jurer, et qu’il baise comme une chose sainte peut-être cette même page où il est dit clairement et directement : ne jurez point du tout.

Mais cette audace ne me troublait plus. Je voyais clairement que dans les versets 33-37 était exprimé simplement le troisième commandement : Ne prêtez