Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/167

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Cette objection repose sur le même malentendu que l’objection concernant l’impossibilité de pratiquer la religion de Christ.

On parle ordinairement ainsi et moi-même je pensais de la sorte jusqu’au moment où je me suis affranchi complètement de la doctrine de l’Église.

Christ propose sa doctrine sur la vie comme le salut de cette vie de perdition où sont plongés ceux qui ne suivent pas sa parole, et soudain je me dis que je serais bien aise de la suivre, cette doctrine, mais que je crains de perdre ma vie. Christ apprend à se sauver d’une vie de perdition, et moi je crains de perdre cette vie. C’est donc que je considère cette vie comme excellente et comme quelque chose de réel, et qui m’appartient. C’est dans cette idée que ma vie personnelle, dans le monde, est quelque chose de réel, qui est mon bien, que gît le malentendu qui nous dérobe la doctrine de Christ. Christ connaît cette erreur des hommes qui leur fait prendre cette vie personnelle pour quelque chose de réel, leur appartenant, et il leur démontre, par toute une série d’enseignements et de paraboles, qu’ils n’ont aucun droit à la vie jusqu’à ce qu’ils s’assurent la vraie vie, en renonçant à ce mirage de la vie qu’ils appellent la vie.

Pour comprendre la doctrine de Christ sur le salut de la vie, il faudrait auparavant comprendre tout ce qu’ont dit les prophètes, Salomon, Bouddha et tous les sages du monde sur la vie personnelle