Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/174

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L’homme est condamné à une vie dépourvue de sens et à une mort absurde, s’il ne découvre cette seule chose nécessaire pour la vraie vie. Or c’est précisément cette seule chose qui assure la vraie vie que Christ révèle aux hommes. Il n’invente pas, il ne promet rien de par sa puissance divine ; il révèle seulement aux hommes, qu’à coté de cette vie personnelle qui est un leurre, il doit exister quelque chose qui est vérité et non chimère.

Dans la parabole des Vignerons (Matth., xxi, 33-42), Christ montre cette illusion des hommes, qui leur cache la vérité et les pousse à prendre l’apparence de la vie, leur vie personnelle, pour la vraie vie.

Des hommes s’étant établis dans le jardin cultivé d’un propriétaire se figurent qu’ils en sont les maîtres. De cette conception fausse de ces hommes découle toute une série d’actions insensées et cruelles qui aboutissent à leur exil, à leur mort. C’est ainsi que chacun de nous se figure que la vie est sa propriété personnelle, qu’il a droit à cette vie, et peut en jouir comme bon lui semble, sans reconnaître nulle obligation envers qui que ce soit. La conséquence fatale de cette erreur est également pour chacun de nous une série d’actes insensés et cruels suivis de malheurs et de mort. Et de même que les vignerons tuent les envoyés du propriétaire et son fils, se figurant que plus ils seront cruels, mieux ils seront garantis, de même