Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/185

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sommes tellement convaincus que cette superstition est quelque chose de très élevé, que nous tâchons de prouver le plus sérieusement possible la supériorité de notre doctrine sur les autres, précisément parce que nous avons cette superstition que d’autres, les Chinois ou les Hindous, par exemple, n’ont pas. Ce raisonnement n’appartient pas exclusivement aux théologiens, mais aussi aux libres penseurs, aux historiens savants des religions, Tiele, Max Muller et d’autres, qui, dans leur classification des religions, mettent au premier rang, comme bien supérieures, celles qui partagent cette superstition. Le libre penseur Schopenhauer appelle carrément la religion hébraïque la plus vile (niederträchtigste) de toutes les religions parce qu’on n’y trouve pas de trace (keine Idee) de l’immortalité de l’âme. Le mot, pas plus que l’idée, n’existait en effet dans la religion hébraïque. La vie éternelle est, en hébreu « haïé-oïlom ». Oïlom veut dire : infini, inébranlable dans le temps. Oïlom veut dire aussi : monde — cosmos. La vie universelle, et à plus forte raison la vie éternelle, haié-oïlom, est, selon la doctrine hébraïque, l’apanage de Dieu seul. Dieu est le Dieu de la vie, le Dieu vivant. L’homme, selon l’idée hébraïque, est toujours mortel. Dieu seul est toujours vivant. Dans le Pentateuque, l’expression « vie éternelle » se rencontre deux fois : une fois dans le Deutéronome, 169-173, et une fois dans