Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/201

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pas qu’ils vont périr. Des enfants, frivoles comme eux, leur ont assuré qu’ils peuvent continuer à se baigner gaiement, même quand le bateau se sera éloigné. Les enfants ne croient pas que bientôt leurs habits seront trempés, leurs petits bras épuisés, qu’ils s’enfonceront et se noieront. C’est cela qu’ils ne croient pas et c’est pourquoi ils ne croient pas à la corde de salut.

De même que ces enfants tombés d’un bateau ne saisissent pas la corde qu’on leur lance, persuadés qu’ils ne périront pas, de même les hommes qui croient à l’immortalité de l’âme, se sont convaincus qu’ils ne périront pas, et c’est pourquoi ils ne pratiquent pas les commandements du Christ-Dieu. Ils ne croient pas en ce qu’on ne peut ne point croire uniquement parce qu’ils croient à ce qui n’est pas.

Et voilà qu’ils implorent quelqu’un : « Raffermissez-nous dans la foi que nous ne périrons pas. »

Mais cela n’est pas possible. Pour qu’ils croient qu’ils ne périront pas, il faut qu’ils cessent de faire ce qui les mène à leur perte et se mettent à faire ce qui les sauvera — saisir la corde de salut. Et c’est ce qu’ils ne veulent pas faire ; ils veulent se persuader qu’ils ne périront pas quoiqu’ils voient périr, sous leurs yeux, leurs camarades l’un après l’autre. Or c’est précisément ce désir de se persuader de ce qui n’est pas qu’ils appellent la foi. Naturellement ils n’en ont jamais assez et voudraient en avoir davantage.