Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/235

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ministre et le riche, et leur famille — il n’y a plus qu’une dizaine de personnes aussi riches et aussi importantes qu’eux. Pour les empereurs et les rois le cercle est encore plus étroit. Quoi, n’est-ce pas la détention cellulaire qui ne permet au détenu que des relations avec deux ou trois geôliers !

Enfin, la cinquième condition du bonheur c’est la santé et la mort sans maladie. Or plus les hommes sont placés haut sur l’échelle sociale, plus ils sont privés de cette condition de bonheur. Prenez un ménage de bourgeois aisés et un ménage de paysans et comparez-les. Malgré les privations et le travail pénible qui accablent les paysans, non par leur faute mais à cause de la cruauté des hommes, vous verrez que plus la classe est basse, plus les hommes et les femmes sont bien portants, tandis que plus la classe sociale est élevée, plus ils sont maladifs.

Rappelez-vous les riches et leurs femmes que vous connaissez et avez connus, et vous verrez que presque tous sont malades. Un homme bien portant qui ne se soigne pas constamment, ou au moins en été, est parmi eux une exception aussi rare qu’un malade dans la classe ouvrière. Tous ces priviligiés de la fortune commencent, sans exception, par l’onanisme, qui est devenu, dans leurs mœurs, une condition naturelle du développement ; tous sont édentés, grisonnants ou chauves à un âge où l’ouvrier commence à être en pleine