Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/25

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la première fois, je compris ce verset de la façon la plus simple. Je compris que Christ ne dit que ce qu’il dit. Et aussitôt je vis tomber tout ce qui me masquait la vérité, et elle parut dans toute sa grandeur. « Vous savez qu’il a été dit aux anciens œil pour œil, dent pour dent. Et moi je vous dis : ne résistez pas au mal. » Ces paroles me semblèrent soudain toutes nouvelles, comme si je ne les avais jamais entendues.

Auparavant, à la lecture de ce passage, je laissais passer chaque fois sans les voir, les mots : et moi je vous dis : ne résistez pas au mal. C’était comme si ces paroles n’avaient jamais existé, ou n’avaient jamais eu de sens précis.

Plus tard, dans mes entretiens avec un grand nombre de chrétiens, familiarisés avec l’Évangile, il m’arriva fréquemment de remarquer la même aberration. Ces paroles, personne ne se les rappelait, et souvent, en parlant de ce passage, les chrétiens prenaient l’Évangile pour voir si elles s’y trouvaient. De même je ne les remarquais pas et ne commençais à comprendre que les paroles suivantes : « Mais si quelqu’un vous a frappé sur la joue droite… présentez-lui l’autre… etc. » Et chaque fois ces paroles me paraissaient un appel à des souffrances et à des privations contraires à la nature humaine. Ces paroles m’attendrissaient et je sentais qu’il serait beau de les mettre en pratique. Mais je sentais également que j’en serais