Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/26

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incapable. Je me disais : C’est bon, je présenterai la joue, — on me frappera une seconde fois ; je donnerai, — on m’enlèvera tout ce que j’ai. La vie me sera impossible Cependant la vie m’est donnée, pourquoi m’en priverais-je ? Christ ne peut pas exiger cela. Jadis, je raisonnais ainsi, persuadé que, par ces paroles, Christ exalte les souffrances et les privations en usant de termes exagérés qui manquent de précision et de clarté. Maintenant que j’ai compris ces paroles, je vois clairement que Christ n’exagère rien, qu’il n’exige pas les souffrances pour les souffrances, mais formule avec beaucoup de précision et de clarté exactement ce qu’il veut dire. Il dit : « Ne résistez pas au mal ; et, en agissant ainsi, sachez d’avance que vous pourrez rencontrer des gens qui, vous ayant frappé sur une joue sans éprouver de résistance, vous frapperont sur l’autre, et vous enlèveront la chemise après la tunique, et vous forceront à travailler après avoir profité de votre travail. Et quand vous auriez supporté tout cela, tout de même ne résistez pas au méchant. À ceux qui vous frappent et vous offensent, faites le bien malgré tout. » Dès que j’eus compris ces paroles telles qu’elles sont dites, aussitôt tout ce qui était obscur devint clair, et ce qui semblait exagéré devint tout à fait raisonnable Je compris aussitôt que le pivot de toute l’idée est dans les mots : « Ne résistez pas au mal », et que ce qui suit n’en est que le commen-