Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/250

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pour les autres, à donner sa vie comme rançon pour plusieurs. L’homme qui agit ainsi, dit Christ, mérite d’avoir sa nourriture, c’est-à-dire, ne peut pas manquer de l’avoir. Par les mots : l’homme n’est pas venu au monde pour être servi, mais pour servir les autres, Christ établit le principe qui garantit indubitablement l’existence matérielle de l’homme ; et par les mots : Celui qui travaille mérite sa nourriture, Christ écarte l’objection courante contre la possibilité de pratiquer sa doctrine, objection qui consiste à dire qu’un homme qui pratiquerait la doctrine de Christ au milieu de ceux qui ne la pratiquent pas, risquerait de périr de faim et de froid. Christ montre que l’homme n’assure pas sa subsistance en accaparant la part des autres, mais qu’il l’assure en se rendant utile, indispensable aux autres. Plus il se rendra nécessaire aux autres, plus son existence sera garantie.

Dans l’organisation actuelle du monde, les hommes qui ne pratiquent pas la loi de Christ mais qui travaillent pour le prochain et n’ont pas de propriété, ne meurent pas de faim. Comment donc peut-on dire que ceux qui pratiqueraient la doctrine de Christ, c’est-à-dire qui travailleraient pour le prochain, mourraient de faim ? L’homme ne peut pas mourir de faim quand il y a du pain chez le riche. En Russie, à chaque moment donné, il y a des millions d’hommes qui vivent sans rien posséder, uniquement par leur travail.