Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/269

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et explique pourquoi précisément il faut vivre ainsi. Mais il en a été de la doctrine de Christ comme de toutes les doctrines : brahmanisme, judaïsme, bouddhisme. Les hommes s’écartent de la doctrine qui règle la vie, et il se trouve toujours quelqu’un qui se charge de justifier cet écart. Ces individus qui s’assoient, selon l’expression de Christ, dans la chaire de Moïse, expliquent la partie métaphysique de telle sorte que les prescriptions éthiques de la doctrine deviennent non obligatoires et sont remplacées par le culte extérieur — le cérémonial. Ce phénomène est commun à toutes les religions, mais je ne crois pas qu’il se soit jamais manifesté avec autant de netteté que dans le christianisme. Il s’y est manifesté avec plus de netteté parce que la doctrine de Christ est la doctrine la plus élevée. Je dis qu’elle est la plus élevée parce que la métaphysique et l’éthique, dans la doctrine de Christ, sont liées l’une à l’autre si indissolublement et se fondent si complètement l’une dans l’autre qu’il est impossible de séparer l’une de l’autre sans priver cette doctrine de sa raison d’être ; et encore parce que la doctrine de Christ est par elle-même une protestation non seulement contre le cérémonial judaïque, mais contre toute espèce de culte extérieur. Il résulte de cela que dans le christianisme la séparation arbitraire de la métaphysique et de l’éthique devait complètement défigurer la doctrine et la dépouiller