Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/326

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ils maudissent, supplicient, tuent tous ceux des dissidents qu’ils peuvent atteindre. Une troisième catégorie fait de même. Ainsi tous se maudissent les uns les autres, se torturent, se tuent, exigeant que tous croient comme eux. Le résultat c’est qu’il y a des centaines de croyances diverses toutes ennemies.

Tout d’abord j’étais frappé de ce qu’une pareille insanité évidente, une pareille contradiction, ne détruise pas la foi même, que des hommes croyants puissent se prêter à une telle tromperie.

En effet, au point de vue général, il est incompréhensible, mais il est prouvé indiscutablement que toute religion n’est que tromperie et superstition, ce que tâche à démontrer la philosophie qui domine aujourd’hui. En me plaçant au point de vue général, je suis arrivé à la conclusion définitive que toutes les croyances sont des tromperies humaines. Toutefois, ce fait, que malgré la sottise et l’évidence de la tromperie, toute l’humanité s’y soumet, me sembla la preuve qu’au fond de cette tromperie il y a quelque chose de vrai. Autrement tout cela est si sot, qu’on ne pourrait s’y laisser prendre. Cette soumission générale de l’humanité à la tromperie, m’a même fait reconnaître l’importance du phénomène qui en est cause ; et, ainsi convaincu, je me suis mis à étudier la doctrine chrétienne, base de la tromperie de toute l’humanité chrétienne. C’est ce qui résulte de mes