Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/330

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sement cette définition, il faut le faire puisque tant de gens la donnent sérieusement pour quelque chose d’important. Cette définition est tout à fait mensongère. Quand on dit que l’Église est la réunion des vrais croyants, à proprement parler, on ne dit rien, parce que si je disais que la chapelle est la réunion de tous les vrais musiciens, je n’aurais rien dit tant que je n’aurais pas défini les vrais musiciens. Selon la théologie, les vrais croyants sont ceux qui suivent la doctrine de l’Église, c’est à-dire qui font partie de l’Église.

Sans répéter ici qu’il y a des centaines de croyances pareillement vraies, cette définition ne dit rien et semble aussi insuffisante que la définition de la chapelle comme réunion des vrais musiciens. Mais derrière cela on voit le fil blanc. L’Église est vraie et unique et elle comprend les pasteurs et le troupeau, et les pasteurs, établis par Dieu, enseignent cette doctrine vraie et unique, c’est-à-dire : « Nous jurons que tout ce que nous vous disons est la vraie vérité. »

Il n’y a rien de plus. Toute la tromperie est là : dans la définition et la conception de l’Église. Et l’essentiel de cette tromperie c’est qu’il y a des gens qui veulent, coûte que coûte, inculquer leur foi aux autres.

Pourquoi donc veulent-ils si ardemment faire accepter leur foi aux autres hommes ? S’ils avaient la vraie religion, ils sauraient que la religion est le