Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/61

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Récemment, j’ai eu entre les mains une correspondance édifiante à ce point de vue entre un orthodoxe slavophile et un chrétien révolutionnaire. L’un justifiait la guerre en faveur des frères slaves opprimés ; l’autre — la révolution, au nom de nos frères les paysans russes opprimés. Tous les deux invoquaient la violence, en se basant tous les deux sur la doctrine du Christ.

On comprend la doctrine du Christ de bien des manières différentes, sauf de la seule manière simple et directe, qui résulte nécessairement du sens de ses paroles.

Nous avons organisé toute notre existence sur les bases mêmes que Christ réprouve ; nous ne voulons pas comprendre sa doctrine dans son sens simple et direct, et nous disons et pensons que nous suivons sa doctrine, ou bien que sa doctrine ne saurait nous convenir. Les soi-disant croyants croient que le Christ-Dieu, seconde personne de la Trinité, est venu sur la terre pour enseigner aux hommes, par son exemple, comment il faut vivre ; ils accomplissent les actes les plus compliqués pour recevoir les sacrements, édifier des églises, envoyer des missionnaires, établir des prêtres, administrer les paroisses, exercer le culte, mais ils oublient un petit détail — pratiquer les commandements du Christ. Les incrédules organisent leur existence en dehors de la doctrine du Christ, parce qu’ils repoussent cette doctrine. Mais