Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/69

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animale et à la nature spirituelle qui constituent l’homme ; il suffit de comprendre la loi de Christ dans toute sa portée avec toutes ses conséquences, pour comprendre que ce n’est pas sa doctrine qui est contraire à la nature humaine et que son seul but est de rejeter la doctrine chimérique de la résistance au mal par la violence, doctrine contraire à la nature humaine et qui rend la vie des hommes si malheureuse.

La doctrine de Christ sur la non résistance est une chimère ! Et la vie des hommes, dont le cœur est plein de pitié et d’amour, qui se passe, pour les uns, à préparer le bûcher, le knout, la roue, le fouet, les fers, les travaux forcés, le gibet, la fusillade, les prisons cellulaires, les prisons pour les femmes et les enfants, à organiser des hécatombes par dizaines de milliers à la guerre, à fomenter des révolutions périodiques et des insurrections paysannes ; pour les autres, à exécuter ces horreurs ; pour les troisièmes à se préserver de ces maux ou à préparer des représailles, — cette vie n’est-elle pas une chimère !

Il suffit de comprendre la doctrine de Christ pour être convaincu que la vie, non pas celle qui est donnée par Dieu pour la joie de l’homme mais celle que les hommes ont organisée pour leur perte, est une chimère, la chimère la plus sauvage, la plus effroyable, un véritable délire de fou.

Dieu est descendu sur la terre ; le Fils de Dieu —