Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/71

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éternelle. Cette loi est éternelle, et s’il y a dans l’histoire un mouvement progressif dans le sens de la suppression du mal, c’est uniquement grâce aux hommes qui ont compris ainsi la doctrine du Christ, qui ont supporté le mal et ne lui ont pas résisté par la violence. La marche de l’humanité vers le bien s’opère non par les tyrans mais par les martyrs. De même que le feu n’éteint pas le feu, de même le mal ne peut éteindre le mal. Seul le bien, face à face avec le mal, sans en subir la contagion, triomphe du mal. C’est ainsi ; et dans le monde intérieur de l’âme humaine c’est une loi aussi absolue que la loi de Galilée, encore plus absolue, plus claire et plus complète. Les hommes peuvent s’en écarter, la cacher aux autres, mais malgré tout la marche de l’humanité vers le bien ne peut s’effectuer que dans cette voie. Chaque étape en avant ne se fait qu’au nom du commandement de la non résistance au mal. Un disciple de Christ peut dire avec plus d’assurance que Galilée, en dépit de toutes les séductions et menaces possibles : « Et pourtant ce n’est pas la violence mais le bien qui supprime le mal. » Et si cette marche est lente c’est uniquement parce que la clarté, la simplicité, la sagesse, l’inéluctabilité et la nécessité de la doctrine de Christ sont cachées à la majorité des hommes avec une habileté dangereuse, sous une doctrine étrangère, faussement appelée de son nom.