Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/73

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Quand je commençai à étudier l’Évangile, je ne me trouvais pas dans la situation de quelqu’un qui, n’ayant jamais entendu parler de la doctrine du Christ, la découvre soudain pour la première fois : au contraire j’avais déjà une théorie toute faite sur la manière dont je devais la comprendre. Christ ne m’apparaissait pas comme un prophète qui me révèle la loi divine mais comme un commentateur de la loi divine absolue que je connaissais déjà. J’avais déjà des notions très précises et compliquées sur Dieu, créateur du monde et de l’homme et sur les commandements donnés aux hommes par Moïse.

Dans les Évangiles je rencontrais les paroles : « Vous avez appris qu’il a été dit : œil pour œil, dent pour dent ; et moi je vous dis : ne résistez point au méchant. » Les mots : «œil pour œil, dent pour dent » c’étaient les commandements de Moïse. Les mots : « Et moi je vous dis : ne résistez pas au méchant » affirmaient la nouvelle loi qui était une négation de la première.

Si j’avais pris les paroles du Christ tout simplement, dans leur vrai sens, au lieu de les voir à travers cette théorie théologique que j’avais sucée avec le lait de ma mère, j’aurais immédiatement compris que Christ abroge l’ancienne loi et donne la sienne, nouvelle. Mais, on m’avait enseigné que Christ ne nie pas la loi de Moïse, qu’il la confirme au contraire, intégralement, jusqu’au moindre