Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol24.djvu/74

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iota, et qu’il la complète. Les versets 17, 18 du chapitre v de Matthieu, qui affirment cela, même auparavant, me frappaient, chaque fois que je lisais l’Évangile, par leur obscurité et me plongeaient dans le doute. Je me rappelais certains passages de l’Ancien Testament que je connaissais très bien, surtout les derniers livres de Moïse, qui contiennent ces prescriptions minutieuses, absurdes et souvent cruelles dont chacune est précédée des mots : « Et Dieu dit à Moïse » ; et il me paraissait bizarre que Christ eût pu confirmer cette loi ; et je n’en pouvais comprendre la raison. Mais alors, sans chercher à résoudre la question, j’acceptais de confiance l’explication qui m’avait été inculquée dès l’enfance : que les deux lois sont l’une et l’autre le produit de l’inspiration du Saint-Esprit, qu’elles s’accordent parfaitement, que Christ confirme la loi de Moïse, la complète et l’amplifie.

Le procédé de cette amplification, la manière dont se résolvaient les contradictions qui sautent aux yeux dans tout l’Évangile, dans ces versets et dans les mots : « et moi je vous dis » ne m’apparaissaient pas alors. Maintenant, après avoir reconnu le sens clair et simple de la doctrine de Christ, je comprends que ces deux lois sont opposées, qu’il ne saurait être question de les concilier ou de les compléter l’une par l’autre, qu’il est nécessaire de choisir entre les deux et que l’explication des versets 17-18 du chapitre v de Matthieu, dont