Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol26.djvu/110

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vivre luxueusement, de ne pas vivre comme d’autres vivent autour de lui. Ce qui lui semblait terrible et gênant à la campagne, ici lui semble tout naturel. Les gens riches s’assemblent dans la ville et là, sous la garde du pouvoir, consomment tranquillement tout ce qu’on y a apporté de la campagne. Et pour l’habitant de la campagne, il est nécessaire d’aller où se passe cette fête continue des riches et où se consomme ce qu’on a pris chez lui, afin de se nourrir des miettes qui tombent de la table des riches. D’autre part, en regardant la vie luxueuse, insouciante, des riches, approuvée par tous et bien gardée, il désire lui-même arranger sa vie de façon à travailler le moins possible et à profiter le plus possible du travail d’autrui.

Et voilà, il aspire à la ville, se rend autour des riches en tâchant par tous les moyens de reprendre chez eux ce qui lui est nécessaire, en se soumettant à toutes les conditions dans lesquelles le placeront les riches. Il aide à la satisfaction de leurs caprices, il sert les riches dans les bains, les restaurants, par la domesticité, la prostitution ; il leur fait des équipages, des jouets, des modes, et peu à peu, apprend du riche à vivre comme lui, non par le travail mais en tirant des autres, par diverses ruses, les richesses qu’ils ont amassées ; et ainsi, il se déprave et se perd. Et cette population, dépravée par la richesse des villes, cause