Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol26.djvu/135

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


des milliers de roubles aux pauvres, et de l’autre jeter des kopeks à qui bon me semblait, j’appelais cela : le bien. Il n’est donc pas étonnant que j’eusse honte.

Oui, avant de faire le bien, je dois me placer moi-même en dehors du mal. Je dois me placer en de telles conditions que j’y cesse de faire le mal, autrement toute ma vie est le mal. J’aurais beau donner cent mille roubles, je ne serais pas encore dans cette situation où l’on peut faire le bien, parce qu’il m’en restera encore cinq cent mille. Quand je n’aurai rien, alors je pourrai faire un peu de bien, au moins celui que faisait la prostituée en soignant pendant trois jours la malade et son enfant. Et cela me semblait si peu ! Et moi j’osais rêver du bien ! Ce que du premier coup m’a dit la vue des affamés et des gens glacés de la maison de Liapine, à savoir que j’en suis coupable et qu’on ne peut pas, qu’on ne peut pas vivre comme j’ai vécu, que c’est impossible, impossible ; c’était là la seule vérité.

Alors que faut-il faire ?