Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol26.djvu/39

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tresse de la maison s’occupait de bienfaisance depuis plusieurs années. Près du perron stationnaient quelques voitures ; quelques valets en riches livrées étaient assis dans l’antichambre. Dans le grand salon, devant deux tables éclairées, étaient assises des dames et des jeunes filles parées de belles toilettes et de riches ornements. Elles habillaient de petites poupées. Il y avait quelques jeunes gens autour des dames. Les poupées habillées par ces dames devaient être tirées en tombola pour les pauvres.

La vue de ce salon et des gens qui s’y trouvaient me frappa désagréablement. Outre que la fortune des gens réunis là était de quelques millions, que les revenus de ce capital dépensés pour les robes, les dentelles, les bronzes, les broches, les voitures, les chevaux, les livrées, les valets valaient cent fois plus que les choses fabriquées par ces dames ; outre cela, les dépenses de ces dames et de ces messieurs, les voyages aller et retour, les gants, le linge, les voitures, les bougies, le thé, le sucre, les gâteaux, coûtaient à la maîtresse de la maison cent fois plus que ce qu’on préparait ici. Je voyais tout cela, c’est pourquoi je pouvais comprendre qu’ici je ne trouverais pas de sympathie pour mon œuvre. Mais j’étais venu là pour l’exposer et quelque pénible que ce me fût, je dis ce que je voulais dire. (Je dis presque tout ce que j’avais écrit dans mon article.)