Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/100

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— Entre — dit Olénine. — Nous boirons ensemble du vin.

— C’est vrai, pourquoi ne pas entrer — fit le vieillard. — Tiens, prends le faisan.

Au visage du vieux, on voyait que le junker lui plaisait, qu’il avait compris tout de suite qu’on pourrait chez lui boire gratuitement et qu’ainsi on pouvait lui faire cadeau d’une paire de faisans. Après quelques minutes l’oncle Erochka se montrait dans la porte de la cabane. C’est alors seulement qu’Olénine remarqua toute la colossale et forte corpulence de cet homme. Bien que son visage brun et rouge, encadré d’une barbe toute blanche, fût sillonné de rides anciennes, profondes, dues au travail, les muscles des jambes, des bras, des épaules étaient ronds et fermes, comme on ne le voit que chez les jeunes hommes. Sur la tête, à travers les cheveux courts, on distinguait de profondes balafres cicatrisées. Le cou veiné, gros comme celui d’un bœuf, était tout ridé. Les mains couturées étaient tout égratignées. Il enjamba lestement le seuil, se débarrassa du fusil, le mit dans un coin, jeta un coup d’œil rapide et apprécia vivement les objets qui étaient là, puis, avec ses jambes un peu bancales, en porchni, il parut au milieu de la chambre. Avec lui la pièce s’emplit d’une odeur forte, pas désagréable, mélange de vin, d’eau-de-vie, de poudre et de sang coagulé.

L’oncle Erochka salua les icônes, arrangea sa