Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/128

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Erochka, se ressaisissant, leva la tête et se mit à regarder fixement les papillons de nuit qui tourbillonnaient autour de la flamme vacillante de la chandelle, et y tombaient.

— Imbécile ! Imbécile ! — fit-il. — Où voles-tu ? Imbécile ! Imbécile !

Il se souleva et ses gros doigts se mirent à chasser les papillons.

— Tu brûleras, petite bête. Va ici, il y a beaucoup de place — ajouta-t-il d’une voix tendre en tâchant d’attraper les ailes fines entre ses gros doigts, pour laisser échapper ensuite les papillons. Tu te perds toi-même, et moi, j’ai pitié de toi.

Longtemps il resta ainsi : bavardant et buvant à même la bouteille. Olénine allait et venait dans la cour. Tout à coup des chuchotements à travers la porte le frappèrent. En retenant involontairement son souffle, il perçut un rire de femme, la voix d’un homme, et le bruit d’un baiser. Exprès, il frotta fortement ses pieds sur l’herbe et s’éloigna de l’autre côté de la cour. Mais quelques instants après la haie craqua, un Cosaque en cafetan foncé et en bonnet blanc (c’était Louka), longea la haie, et une femme de haute taille, couverte d’un châle blanc, passa devant Olénine. « Ni moi pour toi, ni toi pour moi n’avons rien à faire », semblait dire l’allure décidée de Marianka. Il la suivit des yeux jusqu’au perron de la cabane des maîtres, et même l’aperçut à travers la fenêtre enlever son