Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/153

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met par-dessus la chemise, chaussée de bottes, et tenant à la main une longue gaule, tirait les bœufs par la corde attachée à leurs cornes.

— Mamouchka, — dit le vieillard en feignant de vouloir l’attraper.

Marianka fit siffler la gaule, et, gaîment, regarda de ses beaux yeux les deux hommes. Olénine se sentit encore plus joyeux.

— Eh bien, allons, allons ! — dit-il en mettant son fusil sur l’épaule ; et il sentait sur lui le regard de la jeune fille.

— Hé, hé ! — résonna après lui la voix de Marianka, puis elle stimula l’attelage qui, aussitôt, s’ébranla.

Pendant qu’ils marchaient dans la stanitza et les pacages, Erochka bavarda.

Il ne pouvait oublier le khorounjï et l’injuriait toujours.

— Mais pourquoi es-tu si fâché contre lui ? — demanda Olénine.

— C’est un avare ! Je ne l’aime pas, — répondit le vieillard. — Il crèvera, tout restera. Pour qui amasse-t-il ? Il a fait bâtir deux maisons. Par procès il a gagné de chez son frère, un jardin. En fait de paperasses, c’est un véritable chien ! On vient chez lui des autres stanitza pour qu’il écrive des papiers. Et s’il écrit, tout est fait comme il a écrit, il tombe juste. Et pour qui amasse-t-il ? Il n’a qu’un gamin et une fille ; il la mariera, il n’y aura plus personne.