Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/159

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n’arrivaient plus maintenant jusqu’aux chasseurs. Seul le chien aboyait et les oiseaux s’interpellaient rarement. Olénine savait que la forêt n’était pas sans danger, que des Abreks s’y cachaient toujours.

Il savait aussi, que dans la forêt, pour un piéton, un fusil est une grande sauvegarde. Ce n’est donc pas qu’il avait peur, mais il sentait qu’un autre à sa place pourrait avoir peur, et, regardant fixement avec une attention particulière la forêt humide et brumeuse, en écoutant les bruits rares et faibles, il tâtait son fusil et éprouvait un sentiment agréable, nouveau pour lui. L’oncle Erochka, qui marchait en avant s’arrêtait auprès de chaque mare où se rencontraient des traces fourchues, et les regardant avec attention, les montrait à Olénine.

Il parlait à peine, et rarement et en chuchotant, faisait des observations. La route qu’ils suivaient avait été autrefois tracée par un chariot et depuis longtemps elle était couverte d’herbe.

La forêt de platanes et d’ormes était si épaisse des deux côtés qu’on ne voyait rien en travers. Presque chaque arbre était enveloppé, de haut en bas, de pampres sauvages et, au ras du sol, les plantes épineuses croissaient en abondance. Chaque petite clairière était entièrement couverte de mûres sauvages et de roseaux, aux sommets gris, panachés. Par endroits, on distinguait de larges traces de bêtes et d’autres plus petites, celles des