Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/16

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que j’ai faites en assez grand nombre dans ma vie, c’est la seule dont je ne me repente pas et dont je ne puisse me repentir. Avant comme après, je n’ai menti ni à elle, ni à moi-même. Il me semblait que cette fois j’aimais, et ensuite, je me suis aperçu que je m’étais trompé, qu’on ne peut pas aimer ainsi, et que je ne pouvais aller plus loin. Mais elle est allée plus loin. Suis-je coupable de n’avoir pas pu aimer ? Que devais-je faire ?

— Eh bien ! Maintenant, c’est fini, — dit l’ami en fumant un cigare pour dissiper le sommeil. — Une seule chose : tu n’as jamais aimé et tu ne sais pas ce que c’est.

Celui qui était en polouchoubok voulait continuer la conversation, il se prit la tête, mais il ne trouvait pas de mots pour exprimer ses pensées.

— Je n’ai pas aimé ? C’est vrai. Mais il y a en moi le désir d’aimer et on ne peut avoir ce désir plus fortement ! Et un tel amour, existe-t-il ? Il reste toujours quelque chose d’inachevé. Mais que dire, j’ai gâché mon existence, et maintenant, tu as raison, c’est fini. Je sens qu’une nouvelle vie va commencer.

— Que tu gâcheras de nouveau, — dit celui qui était sur le divan et jouait avec la clef de sa montre. Mais le voyageur ne l’entendit pas.

— Je suis triste et heureux de partir, — continua-t-il. — Pourquoi triste ? Je ne sais.

Et le voyageur se mit à parler de lui seul, sans