Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/167

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


où jamais personne ne s’est assis et n’a pensé comme moi. »

« Je suis assis ; autour de moi il y a des arbres jeunes et vieux, et l’un d’eux est entouré de pampres sauvages ; autour de moi s’agitent des faisans qui se pourchassent, sentant peut-être leurs frères tués ». Il touchait ses faisans, les examinait, et essuyait à son caftan sa main couverte de sang encore chaud.

« Les chacals sentent peut-être, et avec des faciès mécontents, passent de l’autre côté. Près de moi, volant parmi les feuilles qui leur semblent d’énormes îles, d’innombrables moucherons bourdonnent dans l’air : un, deux, trois, quatre, cent, mille, un million, et tous bourdonnent autour de moi, dans un but quelconque, et chacun est aussi particulier que moi, Dmitrï Olénine ». Et il se représente clairement ce que pensent les moucherons et pourquoi ils bourdonnent. « Par ici, ici, camarades ! Voilà qui l’on peut piquer», — bourdonnent-ils en l’entourant. Et il était clair pour lui, qu’il n’était nullement un gentilhomme russe, membre de la société de Moscou, ami et parent de tel et tel, mais tout simplement le moucheron, le faisan, le cerf, comme ceux qui vivaient maintenant autour de lui. « Comme eux et l’oncle Erochka, je vivrai, je mourrai. Et il dit vrai : l’herbe seulement poussera dessus. »

« Eh bien, que signifie : l’herbe poussera ? »